La hausse récente des taux d’intérêt à long terme pourrait finir par modérer l’inflation dans la zone euro en pesant sur l’activité. C’est le mécanisme décrit samedi 17 octobre par Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), devant le Comité monétaire et financier international réuni à Bangkok.
Depuis la dernière réunion de la BCE, les rendements obligataires ont nettement progressé. Ils renchérissent le financement des États, des entreprises et, par ricochet, des ménages. Selon Christine Lagarde, ce durcissement devrait ralentir davantage la croissance et réduire plus fortement que prévu la transmission de la hausse de l’énergie aux autres prix.
Une pression immédiate toujours élevée
Cette analyse ne signifie pas que l’inflation va baisser tout de suite. La BCE indique que l’inflation totale de la zone euro a atteint 3,8 % en septembre, principalement sous l’effet de l’énergie, tandis que l’inflation sous-jacente s’est établie à 2,5 %. Elle prévoit que l’énergie maintiendra la hausse des prix nettement au-dessus de l’objectif pendant le premier semestre 2027, avant un retour autour de la cible vers la fin de cette même année.
L’institution conserve parallèlement une prévision de croissance de 0,9 % pour 2026, puis de 1,4 % en 2027 et de 1,5 % en 2028. Ces projections restent entourées d’une forte incertitude, notamment sur la durée du conflit au Moyen-Orient et la propagation du choc énergétique.
Pas de pilotage automatique sur les taux
La BCE a relevé ses taux directeurs de 0,25 point en septembre, après une hausse identique en juin. Pour la suite, elle affirme qu’elle évaluera les nouvelles données, l’évolution de l’inflation sous-jacente et la transmission de sa politique monétaire. La progression des rendements obligataires ne préjuge donc pas, à elle seule, de la prochaine décision.
Reuters souligne que la vente d’obligations s’est accélérée à l’échelle mondiale, sur fond de craintes liées à la dette, à l’inflation et à la concurrence pour le financement des investissements dans l’intelligence artificielle. D’autres responsables de la BCE restent prudents : Joachim Nagel considère que la lutte contre l’inflation n’est pas terminée, tandis qu’Olli Rehn dit surveiller d’éventuels effets de second tour sur les salaires et les autres prix. Le message commun est celui d’un équilibre fragile : le crédit plus cher peut refroidir l’économie, mais le choc énergétique demeure un risque haussier.



