Le Canada veut élargir son horizon sans rompre avec son premier partenaire. Au Canada Investment Summit de Toronto, le 15 septembre, le premier ministre Mark Carney a défendu une stratégie d’autonomie économique : ne pas précipiter un accord commercial avec Washington et chercher des partenariats plus profonds avec des pays jugés fiables. L’Union européenne occupe une place centrale dans ce projet.

Une diversification assumée

Selon l’Associated Press, Mark Carney a présenté le Canada comme une destination d’investissement stable tout en annonçant une déduction fiscale élargie pour les entreprises. Le gouvernement estime que cette mesure ramènerait le taux effectif d’imposition des nouveaux investissements à 6,4 %. Il envisage aussi d’ouvrir la gestion de grands aéroports à des capitaux privés, tout en maintenant leur propriété publique.

Ces annonces accompagnent un message politique : Ottawa ne veut plus organiser sa croissance autour d’une relation presque exclusive avec les États-Unis. Plus de 80 % des échanges canado-américains resteraient exempts de droits de douane, rapporte l’AP, mais les tensions commerciales ont rendu la dépendance plus visible.

L’Europe, partenaire possible mais pas acquis

Le Guardian rapporte que le premier ministre souhaite bâtir avec l’Union européenne une alliance économique et sécuritaire d’un type nouveau. Le commerce bilatéral a atteint environ 130 milliards d’euros en 2025, mais il demeure très inférieur aux échanges avec les États-Unis. Surtout, l’accord commercial CETA n’est toujours pas ratifié par dix États membres, dont la France et l’Italie.

Le Financial Times ajoute une réserve importante : plusieurs diplomates européens seraient plus favorables à une meilleure application des accords existants qu’à un statut inédit pour le Canada. Les divergences réglementaires, notamment dans l’agriculture, et la sensibilité des relations avec Washington compliquent la promesse.

L’annonce marque donc un cap, pas un traité. La prochaine étape concrète devrait être le sommet Canada–Union européenne prévu à Montréal. D’ici là, l’expression d’alliance recouvre encore des pistes — défense, minerais critiques, mobilité et commerce numérique — plutôt qu’un ensemble d’engagements négociés. L’enjeu sera de distinguer le récit d’autonomie présenté aux investisseurs des accords effectivement acceptés par les Vingt-Sept.