L’État de New York a engagé jeudi 24 septembre une action en justice contre Polymarket, l’une des principales plateformes de marchés prédictifs. La procureure générale Letitia James et la gouverneure Kathy Hochul accusent l’entreprise d’exploiter une activité de jeu sans licence dans l’État et demandent au tribunal de bloquer ses opérations new-yorkaises. Elles réclament également des amendes et la restitution de sommes aux utilisateurs. Il s’agit d’allégations qui devront être tranchées par la justice.

Polymarket permet d’acheter et de vendre des contrats dont la valeur dépend de l’issue d’un événement — élection, météo, sport ou actualité technologique. La plateforme et ses concurrentes présentent ce fonctionnement comme un marché entre utilisateurs, comparable par certains aspects à une place financière. New York soutient au contraire que le risque d’argent sur un résultat incertain relève du jeu et nécessite une autorisation locale.

Le différend dépasse le seul cas de Polymarket. Les opérateurs de marchés prédictifs font valoir qu’ils relèvent de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur fédéral des produits dérivés, et que les États ne peuvent pas leur imposer une seconde réglementation assimilée aux jeux d’argent. La CFTC a déjà soutenu cette prééminence fédérale dans d’autres procédures, tandis que plusieurs États cherchent à conserver leurs pouvoirs en matière de jeu et de protection des consommateurs.

Dans un communiqué cité par l’Associated Press, le responsable juridique de Polymarket, Neal Kumar, a indiqué que l’entreprise défendrait ses utilisateurs. Il a aussi souligné l’ancrage new-yorkais du groupe, qui emploie désormais plus de 350 personnes selon ses propres chiffres. Cette réponse ne règle pas la question de fond : savoir si la qualification juridique dépend de la technologie employée ou de la nature économique du pari.

L’enjeu est important pour un secteur qui s’est développé rapidement avec les élections et les grands événements. Une décision en faveur de New York pourrait contraindre les plateformes à limiter leur accès État par État ou à rechercher des licences locales. Une victoire de Polymarket renforcerait au contraire la thèse d’un régime fédéral unique. À ce stade, aucune de ces issues n’est acquise et les utilisateurs ne doivent pas interpréter le dépôt de la plainte comme un jugement définitif.