OpenAI affirme avoir bloqué deux ensembles de comptes associés à des opérations d’influence clandestines : l’un d’origine russe, l’autre d’origine iranienne. Dans un rapport publié le 8 octobre, l’entreprise décrit des dispositifs qui ne se limitaient pas à produire des messages sur les réseaux sociaux. Ils cherchaient surtout à construire des façades crédibles — institut de recherche ou signatures journalistiques — capables de faire circuler leurs récits dans des médias existants.
Le premier réseau, surnommé « Dark Clark » par OpenAI, aurait utilisé un centre de recherche présenté comme indépendant en Amérique latine. L’entreprise estime que des collaborateurs locaux ont pu travailler de bonne foi sans savoir qui contrôlait réellement la structure. Les comptes auraient surtout employé ChatGPT pour rédiger des rapports internes, traduire des textes et améliorer le style de faux documents ou scripts audio visant notamment l’Ukraine et plusieurs gouvernements latino-américains.
Une partie des traces décrites existe hors du rapport d’OpenAI. En Équateur, le média de vérification Lupa a documenté en avril un faux reportage attribué à Teleamazonas : images récupérées sur Instagram, entreprise introuvable dans les registres et audio estimé synthétique par deux outils distincts. Ecuador Chequea a, de son côté, analysé en juin de faux courriels et une circulaire imitant le ministère de l’Éducation. Ces vérifications confirment l’existence de contenus trompeurs. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à confirmer l’attribution technique du réseau à des opérateurs russes ; cette attribution repose sur l’enquête interne d’OpenAI.
La seconde opération aurait utilisé sept identités de journalistes fictifs pour proposer des tribunes sur la guerre entre les États-Unis et l’Iran. OpenAI dit avoir retrouvé près de cent articles publiés ou syndiqués dans une douzaine de sites. Les commentaires générés en masse auraient eu peu d’écho, tandis que les articles signés sous de faux noms auraient atteint un public plus large.
Le constat central dépasse donc la simple génération de propagande. L’IA paraît surtout avoir réduit le coût de tâches déjà connues : traduction, adaptation au ton d’un pays, préparation de courriels aux rédactions et présentation de bilans exagérés. La prudence reste indispensable : le rapport émane du fournisseur qui a fermé les comptes, et l’étendue réelle de l’influence devra être évaluée par des chercheurs et autorités indépendants.



