Une invitation à participer à un comité sur la politique de l’intelligence artificielle, puis un lien vers un document partagé : la séquence semblait professionnelle. Selon Proofpoint, elle servait en réalité de porte d’entrée à une campagne de vol d’identifiants visant des spécialistes américains de la régulation de l’IA.

Des identités crédibles utilisées comme appât

L’entreprise de cybersécurité suit l’auteur sous le nom TA419 et le décrit comme un groupe d’espionnage « aligné sur la Chine ». En juillet 2026, les attaquants auraient usurpé l’identité de Lynne Parker, ancienne haute responsable scientifique de la Maison-Blanche, et celle d’une économiste spécialiste de politique étrangère. Les premiers messages étaient anodins et cherchaient à obtenir une réponse avant d’envoyer un lien raccourci.

Ce lien conduisait à une fausse page de partage OneDrive et à un dispositif de type adversary-in-the-middle. La technique relaie en temps réel une véritable connexion Microsoft afin de capturer mot de passe, code de double authentification et cookie de session. Proofpoint dit suivre des campagnes similaires contre des groupes de réflexion, universités, cabinets juridiques et sous-traitants de défense aux États-Unis et au Japon depuis avril 2025.

Une attribution à lire avec prudence

Reuters a pu identifier une cible : Alex Engler, responsable d’un centre de recherche de l’université de Pennsylvanie et ancien membre de l’administration américaine. Il a raconté avoir reçu une invitation qui lui paraissait légèrement suspecte, puis avoir vérifié l’identité de l’expéditrice par un autre canal. La campagne récente aurait visé moins de dix personnes dans quelques organisations.

L’attribution repose sur l’infrastructure, les outils et le profil des cibles observés par Proofpoint. Elle ne constitue pas une décision judiciaire, et Pékin nie de longue date mener des opérations de cyberespionnage. Le cas illustre surtout une évolution du ciblage : la valeur recherchée ne serait pas seulement du code ou des secrets industriels, mais aussi les orientations futures de la régulation, des contrôles à l’exportation et de la stratégie nationale sur l’IA.