Un phénomène peu visible mais mesurable progresse le long de la côte pacifique des États-Unis. Une série de vagues de Kelvin, larges renflements d’eau chaude liés à El Niño, doit relever le niveau de la mer de 15 à 30 centimètres environ entre la Californie, l’Oregon et l’État de Washington.

Il ne s’agit pas d’un tsunami. La masse d’eau s’étend sur des dizaines de kilomètres au large et plusieurs centaines de mètres en profondeur. Elle se déplace vers le nord le long du littoral à près de 240 kilomètres par jour, selon les scientifiques interrogés par l’Associated Press. Le phénomène peut se répéter jusqu’en février.

Une hausse de départ qui amplifie les extrêmes

Le risque vient du cumul. Une vague de Kelvin ne suffit généralement pas à submerger une ville, mais elle élève le niveau de référence sur lequel viennent se superposer grandes marées, houle et surcotes de tempête. Michael Jacox, océanographe à la NOAA, résume ce mécanisme : si la mer est déjà plus haute de 15 centimètres, les autres événements commencent eux aussi 15 centimètres plus haut.

Dans la baie de San Francisco, les prévisions de la NOAA font apparaître plus de trente épisodes où la marée pourrait dépasser le seuil associé à de petites inondations sur la côte nord de la ville avant la fin de l’année. Ce nombre ne correspond pas nécessairement à trente « marées royales » : les organismes n’utilisent pas tous la même définition. La California Coastal Commission en prévoit dix entre fin novembre et fin janvier.

Érosion, chaleur et écosystèmes

L’eau plus élevée augmente aussi l’énergie des vagues sur les plages et les infrastructures. Les forts épisodes El Niño de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016 ont coïncidé avec les pires saisons d’érosion observées sur la côte ouest. En profondeur, l’eau chaude repousse les couches froides riches en nutriments, ce qui peut modifier les conditions pour la vie marine.

La Californie a déclaré l’état d’urgence à la fin de septembre pour accélérer la préparation. L’ampleur des dégâts dépendra surtout de la coïncidence avec les tempêtes et les marées les plus hautes : le phénomène augmente le risque, sans permettre à lui seul de prévoir où une inondation aura lieu.