La reprise brutale des combats au Yémen fait basculer un système de santé qui fonctionnait déjà au bord de la rupture. Plus de 130 000 personnes ont fui leur domicile tandis que les forces houthies, soutenues par l’Iran, progressent face aux troupes gouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite. Les routes coupées et la prise de ports de la mer Rouge compliquent l’acheminement du carburant, des médicaments et de l’aide.
L’Associated Press, qui a interrogé patients, soignants et organisations humanitaires, rapporte que la plupart des centres touchés ont fermé pendant les quarante-huit premières heures de l’escalade avant de reprendre partiellement leurs services. Moins de 10 % disposeraient de tout l’équipement nécessaire aux soins traumatologiques, selon l’Organisation mondiale de la santé citée par l’agence. Dans certains établissements proches du front, les maternités sont devenues des salles d’urgence.
Cette réorganisation a un coût immédiat pour les soins ordinaires. Environ 2 000 femmes enceintes sont en déplacement et plus de 200 devraient accoucher dans les prochains jours, d’après le Fonds des Nations unies pour la population. À Marib, un hôpital maternel assure désormais près de 80 accouchements, soit environ deux fois son rythme habituel, sans spécialiste de réanimation en nombre suffisant et avec des générateurs incapables d’alimenter tous les services en cas de panne. À Taïz, deux ou trois enfants partagent parfois un même lit d’urgence et les couveuses sont pleines.
Le bilan hospitalier reste fragmentaire. Les établissements de la province de Taïz avaient reçu 635 victimes, dont 112 morts, jeudi, selon les autorités sanitaires locales citées par l’AP. Ces chiffres mêlent civils et combattants et ne décrivent pas l’ensemble du pays. Les informations provenant des zones contrôlées par les Houthis restent particulièrement difficiles à vérifier, plusieurs organisations ayant réduit leur présence après des détentions de travailleurs humanitaires.
Le briefing de l’ONU à Genève du 25 septembre confirme que la faim et la malnutrition progressent avec les violences. Le Comité international de la Croix-Rouge dit avoir livré 22 tonnes de fournitures médicales à des hôpitaux surchargés, mais les routes de montagne ne remplacent pas les grands axes désormais impraticables. L’urgence n’est donc pas seulement de traiter les blessés : elle consiste aussi à empêcher que la guerre n’interrompe les accouchements, la nutrition pédiatrique et les soins courants dont dépend une population entière.



