L’Indonésie, les Philippines et le Vietnam auront besoin d’environ 3,7 milliards de dollars de finance publique internationale pour mettre quatre filières renouvelables sur une trajectoire compatible avec leurs objectifs de développement et de réduction des émissions à l’horizon 2035. L’estimation figure dans un rapport publié le 28 octobre par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et Convergence Blended Finance.

Le périmètre est précis : solaire en toiture, solutions décentralisées comme les mini-réseaux, éolien en mer et systèmes de stockage par batteries. Les auteurs ne présentent pas ces 3,7 milliards comme le coût total des projets ni comme une somme déjà engagée. Il s’agit du financement public international jugé nécessaire pour aider ces marchés à progresser, une partie seulement devant passer par des montages de finance mixte.

Réduire un risque, pas remplacer une réforme

La finance mixte utilise des capitaux concessionnels — prêts à conditions favorables, garanties ou subventions — pour absorber une part des risques que des investisseurs commerciaux refusent de prendre seuls. L’AIE et Convergence estiment que cet outil est surtout pertinent lorsque l’obstacle est identifiable au niveau d’un projet : risque de paiement de l’acheteur, coût de préparation, maturité trop courte du financement ou exposition au change.

Le rapport pose aussi une limite nette. Un montage financier ne peut pas compenser durablement un tarif imprévisible, une procédure d’appel d’offres opaque, un réseau électrique insuffisant ou l’absence d’infrastructures portuaires pour l’éolien en mer. Dans ces cas, des réformes de marché et des investissements publics de système doivent précéder l’arrivée de capitaux privés.

Quatre filières, des réponses différentes

Pour le solaire en toiture, l’agrégation de petits projets peut réduire les coûts de transaction, particulièrement en Indonésie. Les solutions isolées destinées au dernier kilomètre peuvent nécessiter des subventions si elles ne génèrent pas de rendement commercial. Les batteries commencent à changer d’échelle aux Philippines et au Vietnam, tandis que l’éolien en mer reste encore au stade de la préparation de projets et de cadres de rémunération.

Depuis 2016, 17,9 milliards de dollars de financements concessionnels et commerciaux auraient été mobilisés pour les renouvelables en Asie du Sud-Est par des structures mixtes. Ce chiffre, établi par les auteurs, ne doit pas être confondu avec les 34,5 milliards recensés dans un cadre du PNUD publié en avril pour 177 opérations de finance mixte couvrant un périmètre sectoriel plus large. La comparaison montre surtout l’enjeu de méthode : cibler les risques qui peuvent réellement être réduits, puis retirer progressivement l’aide concessionnelle lorsque le marché devient viable.