À Jingdezhen, la porcelaine n’est pas seulement un objet de musée. Dans cette ville de la province chinoise du Jiangxi, des gestes exigeant parfois des années d’apprentissage continuent de passer d’une génération à l’autre. Un reportage de l’Associated Press décrit notamment l’artiste Chen Qing, héritière d’une formule familiale de pigment rouge transmise oralement après que son grand-père eut fait brûler la seule note écrite.

Cinq sites pour raconter une industrie mondiale

Le Comité du patrimoine mondial a inscrit en 2026 les Sites de l’industrie de la porcelaine artisanale de Jingdezhen. Ce bien en série rassemble cinq ensembles liés aux matières premières, aux fours, aux ateliers, au transport et à l’organisation sociale de la production. L’UNESCO retient une histoire allant du Xe au XIXe siècle, période durant laquelle la ville a développé une production de grande ampleur, une division très précise du travail et des innovations techniques comme le mélange du kaolin et de la pierre de porcelaine.

À partir du XVIe siècle, Jingdezhen s’est imposée comme un centre mondial de production. Ses porcelaines bleu et blanc ont circulé bien au-delà de la Chine, tandis que les décors et les techniques incorporaient aussi des influences du Moyen-Orient et d’Europe. L’inscription reconnaît donc à la fois un patrimoine matériel — sites miniers, fours, voies d’eau, bâtiments — et la mémoire d’un système industriel, artistique et commercial.

La technologie au service des fragments

La transmission ne repose plus seulement sur les familles. Des universités et des programmes de résidence attirent des artistes chinois et étrangers. À l’Institut du four impérial, des chercheurs étudient les céramiques mises au jour sur les anciens sites et utilisent notamment l’intelligence artificielle pour rapprocher des fragments susceptibles d’appartenir à une même pièce. L’objectif affiché est de reconstituer des objets, mais aussi de retrouver des informations sur les procédés anciens et les échanges culturels visibles dans leurs décors.

Cette modernisation ne garantit pas à elle seule la survie des savoir-faire. Les artisans interrogés insistent sur le temps, la précision et la difficulté d’un apprentissage long, parfois peu compatible avec les rythmes économiques contemporains. L’inscription de l’UNESCO apporte une reconnaissance internationale ; la continuité dépendra aussi de la place donnée aux praticiens, aux ateliers et aux jeunes qui acceptent encore d’apprendre ces gestes.