La nouvelle vague technologique de San Francisco se lit désormais dans le marché du logement. Une enquête publiée jeudi par The Guardian décrit des locataires confrontés à des hausses de loyers, à des offres de départ et à la crainte de perdre des appartements protégés. Elle relie cette pression au retour d’emplois très rémunérés dans l’intelligence artificielle, tout en montrant que le phénomène s’inscrit dans une pénurie de logements bien plus ancienne.

Les données de Zillow donnent la mesure du décalage. Au 5 octobre, le loyer moyen affiché pour un appartement ou un condominium à San Francisco atteignait 4 480 dollars par mois, soit 1 163 dollars de plus qu’un an auparavant. La plateforme recensait 1 294 locations disponibles et situait ce niveau 153 % au-dessus de la moyenne nationale. Ces chiffres portent sur les annonces de la plateforme : ils ne décrivent ni tous les baux existants, ni ce que paient les habitants bénéficiant d’un encadrement du loyer.

La tension apparaît aussi dans les avis d’expulsion. Les calculs cités par The Guardian font état d’une hausse de 44 % sur un an. La base publique DataSF, mise à jour le 6 octobre, rappelle toutefois une distinction essentielle : un avis déposé auprès du Rent Board n’aboutit pas nécessairement à une expulsion effective. Il peut précéder un accord de départ, un abandon de procédure ou une décision de justice.

L’essor de l’IA offre une explication plausible à l’accélération récente, parce qu’il attire des salariés disposant d’un pouvoir d’achat élevé et stimule la demande autour des quartiers bien desservis. Mais les séries disponibles ne permettent pas d’isoler ce facteur des taux d’intérêt, de la construction insuffisante, de la reprise des bureaux ou des transformations démographiques. Présenter chaque hausse comme un effet direct de l’IA serait donc aller au-delà des données.

Le cas de San Francisco illustre un enjeu plus large pour les villes qui misent sur les industries de demain. La création d’emplois et de capital peut revitaliser un centre urbain, mais elle déplace rapidement le coût vers les ménages qui ne bénéficient pas de ces rémunérations. Sans construction supplémentaire, protection juridique accessible et suivi transparent des départs, une reprise technologique peut creuser la séparation entre ceux qui profitent du cycle et ceux qui risquent d’en être chassés.