Au premier regard, la différence se trouve sous la surface. Dans une parcelle expérimentale de l’Illinois, des plants de soja développés avec le Salk Institute font descendre leurs racines plus verticalement et plus profondément que des variétés ordinaires. L’objectif est double : atteindre l’eau quand la couche supérieure du sol s’assèche et enfouir davantage de carbone dans une zone où il serait moins vite relâché.
Le programme Harnessing Plants Initiative travaille depuis six ans sur la diversité génétique de grandes cultures. L’institut dit avoir séquencé 900 génomes végétaux dans sept espèces et identifié 347 gènes candidats associés à la croissance des racines ou au stockage du carbone. Il cherche notamment à augmenter la masse racinaire, la profondeur et la teneur en subérine, une substance proche du liège qui se décompose lentement. Une société issue du programme, Cquesta, conduit désormais les essais de terrain.
Dans l’Illinois, les chercheurs contrôlent la pluie au-dessus de certaines parcelles et observent les racines avec des caméras et des capteurs souterrains. D’autres essais ont lieu dans le Missouri, le Kansas et l’Iowa. Les premières données de terrain sont attendues à l’automne 2026. Elles devront répondre à trois questions décisives : combien de carbone supplémentaire reste réellement dans le sol, pendant combien de temps et sans baisse de rendement.
À partir de résultats de laboratoire, l’équipe estime qu’un hectare de soja doté de racines plus grandes et plus profondes pourrait stocker une tonne supplémentaire de CO₂ par an. Ce chiffre n’est pas encore une performance démontrée en agriculture réelle. Il dépendra de la profondeur atteinte, de la composition du sol, des pratiques de labour et du climat local.
Le projet illustre une piste de retrait du carbone qui s’appuie sur des surfaces déjà cultivées. Son intérêt potentiel tient aussi à la résilience face aux sécheresses et à une meilleure capture de certains nutriments. Mais passer de parcelles expérimentales à des millions d’hectares supposerait de préserver les rendements, de convaincre les semenciers et les agriculteurs, puis de mesurer durablement le carbone. À ce stade, il s’agit donc d’une promesse testée sur le terrain, pas encore d’une solution climatique validée à grande échelle.



