Pourquoi certains trous noirs projettent-ils de puissants jets de matière alors que d’autres restent silencieux ? Une étude publiée dans Nature Astronomy propose un seuil commun : les jets apparaîtraient lorsque le taux d’accrétion du trou noir retombe autour de 2 % d’une limite physique de référence, dite limite d’Eddington. Cette conclusion repose sur le suivi radio de vingt événements de rupture par effet de marée, au cours desquels une étoile est déchiquetée par un trou noir.

Observer la transition plutôt que l’instant initial

Les astronomes Adelle Goodwin et Andrew Mummery ont étudié ces événements sur une longue durée. Lorsqu’une étoile est détruite, une partie de sa matière forme un disque extrêmement lumineux autour du trou noir. Les émissions radio associées aux jets ne commencent pas forcément au pic de luminosité : elles peuvent apparaître des centaines, voire des milliers de jours plus tard, lorsque l’alimentation diminue.

D’après le compte rendu du Guardian, les vingt systèmes étudiés convergent vers un changement de régime voisin du même seuil relatif. Cette régularité rapproche les trous noirs supermassifs de comportements déjà observés dans des systèmes plus petits. Elle suggère que la physique du disque et du champ magnétique pourrait obéir à une règle d’échelle commune.

Une règle prometteuse, pas encore une loi définitive

Le résultat apporte un cadre testable : en suivant la baisse de luminosité d’un nouvel événement de rupture, les astronomes pourraient prévoir la période où un jet radio devient probable. Il reste toutefois à vérifier cette relation sur davantage de trous noirs, avec d’autres masses, environnements et géométries d’observation.

L’étude mesure une corrélation entre le niveau d’accrétion estimé et l’apparition du jet ; elle ne permet pas de filmer directement le mécanisme à proximité de l’horizon. Les modèles devront encore expliquer comment le disque et le champ magnétique convertissent cette transition en faisceaux collimatés. Le seuil proposé est donc une piste robuste issue d’un échantillon cohérent, mais sa portée universelle devra être éprouvée par de nouvelles observations.