Les Fidji ne parlent plus seulement d’une flambée épidémique : le gouvernement présente désormais le VIH comme une urgence nationale. L’annonce publique faite cette semaine doit permettre de coordonner plusieurs ministères et d’accélérer une réponse qui ne peut plus reposer sur le seul système de santé.
Le ministre de la Santé, Ratu Atonio Lalabalavu, a expliqué que l’action annoncée s’inscrirait dans la loi fidjienne sur le VIH et le sida. Le dispositif prévoit un sous-comité ministériel, l’extension du dépistage, de la prophylaxie pré-exposition, du traitement gratuit et des services de réduction des risques. La mesure la plus sensible est la préparation d’un programme de seringues et d’aiguilles stériles destiné aux personnes qui s’injectent des drogues.
Cette orientation répond à une situation documentée avant même la déclaration d’urgence. La stratégie nationale 2024-2027 reliait déjà l’augmentation des infections à plusieurs facteurs, notamment le partage de matériel d’injection, tout en fixant des objectifs de prévention, de diagnostic, de traitement et de suppression virale. Elle plaçait aussi les droits humains et la lutte contre la stigmatisation au cœur de la réponse.
Les données communiquées par les autorités et reprises par la presse fidjienne restent alarmantes : 2 016 nouveaux diagnostics ont été enregistrés en 2025, contre 1 583 l’année précédente. Deux tiers des personnes diagnostiquées avaient entre 20 et 34 ans. Le gouvernement a également signalé 117 décès de personnes vivant avec le VIH en 2025, dont 17 enfants de moins de 15 ans. Ces chiffres décrivent des diagnostics et des décès déclarés ; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer toutes les infections non détectées.
La déclaration d’urgence ne garantit donc pas automatiquement une baisse des contaminations. Son impact dépendra du financement, de la disponibilité des tests et des traitements, de la continuité des soins et de la capacité à atteindre les personnes les plus exposées sans les éloigner par la peur ou la répression. Le changement important est politique : les Fidji reconnaissent que prévention, prise en charge et réduction des risques doivent avancer ensemble.



