La France vient de franchir une étape dans sa capacité à intervenir dans les grands fonds. La Direction générale de l’armement (DGA) a annoncé le 29 octobre avoir achevé les essais de qualification du ROV-DeepSea, un robot téléopéré conçu par LD Travocean pour la Marine nationale. Lors d’une campagne menée en septembre au large de la Grèce, le système a dépassé 5 000 mètres de profondeur. Sa capacité prévue atteint 6 000 mètres, un niveau qui couvre, selon la DGA, 97 % des fonds océaniques.
Voir, manipuler et intervenir
Un ROV n’est pas un drone autonome. Il reste relié à son navire par un câble qui fournit l’énergie et transmet commandes, données et vidéo. Ses bras et ses outils lui permettent d’inspecter un point précis, de poser un instrument ou de manipuler un objet. Cette fonction complète celle de l’AUV A6K-M confié à Exail en 2024, pensé pour parcourir de plus grandes zones de façon autonome et repérer des anomalies.
Le programme français associe ainsi deux moyens différents : l’AUV pour cartographier et détecter, le ROV pour examiner et agir. Les marchés notifiés en septembre 2024 prévoyaient aussi leur intégration sur des bâtiments de soutien et leur transport par A400M. Pour le ROV-DeepSea, une première qualification jusqu’à 2 500 mètres avait eu lieu au large de Toulon en juillet 2026 avant la campagne grecque. La conception et la fabrication ont pris 21 mois.
Une capacité à confirmer en service
La qualification ne signifie pas encore que le robot est déployé en permanence en opération. Elle établit que le système a franchi les essais prévus à grande profondeur. La DGA indique préparer la commande d’un deuxième exemplaire, sans donner dans son communiqué de calendrier de livraison ni de coût.
L’intérêt stratégique dépasse l’exploration scientifique. Les fonds marins accueillent des câbles et d’autres infrastructures critiques difficiles à inspecter ou réparer. Le programme « maîtrise des fonds marins », lancé en 2023 dans le cadre de France 2030 et de la programmation militaire, vise trois fonctions : connaître, surveiller et agir. Le nouveau robot apporte surtout cette troisième brique. Sa valeur réelle se mesurera désormais à son intégration sur les navires, à la disponibilité de ses opérateurs et à la diversité des outils qu’il pourra employer en mission.



