La Russie a placé sous « administration temporaire » les activités locales du groupe suisse Nestlé et du distributeur français Auchan. Le décret présidentiel, publié le 17 septembre, confie leur gestion à L.E.V. Management, une société moscovite au profil public limité. La mesure touche aussi des actifs liés à Lemana Pro, ex-Leroy Merlin, ainsi qu’au logisticien FM Logistic.
Cette formule juridique ne transfère pas encore officiellement la propriété. Elle retire toutefois aux actionnaires étrangers le contrôle opérationnel de leurs filiales et permet à l’administrateur désigné par l’État de diriger les actifs. Depuis 2023, Moscou utilise ce mécanisme contre des entreprises de pays qualifiés d’« hostiles ». Dans plusieurs dossiers, notamment Danone et Carlsberg, l’administration temporaire a précédé une vente à des acquéreurs russes dans des conditions défavorables aux propriétaires initiaux.
Nestlé a indiqué le 18 septembre examiner ses options et vouloir prendre les mesures nécessaires pour protéger ses droits, la continuité de l’activité et ses salariés. Le groupe exploite six usines en Russie, produisant notamment du café, des aliments pour animaux et des préparations infantiles. Ses ventes russes représenteraient environ 1 % du total mondial selon une estimation d’analyste rapportée par Reuters. Auchan, qui comptait 229 magasins et 24 236 salariés en Russie à la fin de 2025 selon les données compilées par l’agence, n’a pas souhaité commenter.
Le précédent est important pour les entreprises occidentales restées en Russie après l’invasion de l’Ukraine. Même lorsqu’elles ont réduit leurs investissements ou limité leurs gammes aux produits essentiels, elles restent exposées à un dispositif combinant administration imposée, décote obligatoire pour sortir du marché et fiscalité de départ. Pour Nestlé comme pour Auchan, l’enjeu immédiat dépasse donc la valeur comptable des filiales : il concerne le contrôle des sites, des stocks, des contrats et de dizaines de milliers d’emplois.
La portée finale du décret dépendra des décisions de l’administrateur et d’éventuelles procédures ultérieures. Parler dès maintenant de nationalisation définitive serait excessif ; mais l’expérience des précédentes interventions montre que la qualification de « temporaire » ne garantit pas un retour rapide aux propriétaires étrangers.



