La Serbie s'apprête à changer de majorité après près de deux ans de mobilisation étudiante. Avec presque 99 % des suffrages comptés, les candidats soutenus par le mouvement étudiant recueillent 52,7 % des voix, contre 39,2 % pour l'alliance conduite par le Parti progressiste serbe (SNS), selon les chiffres de la commission électorale rapportés par Reuters. La projection attribue 139 des 250 sièges à la Liste étudiante et 97 au bloc du SNS.

Ces chiffres restent à lire comme des résultats presque complets, mais pas encore comme la proclamation finale. La majorité absolue se situe à 126 sièges : la projection place donc la Liste étudiante treize sièges au-dessus de ce seuil. Elle demeure toutefois loin des 167 sièges nécessaires pour disposer seule des deux tiers de l'Assemblée. Le basculement permettrait de former un gouvernement, sans donner un pouvoir illimité de révision institutionnelle.

Aleksandar Vučić a reconnu la défaite de son camp dimanche soir. Reuters et Associated Press confirment séparément cette concession et la fin de quatorze années durant lesquelles il a dominé la vie politique comme Premier ministre ou président. La Liste étudiante est née des manifestations déclenchées après l'effondrement, en 2024, d'un auvent de la gare de Novi Sad qui a tué seize personnes. Le mouvement a fait de la lutte contre la corruption et du fonctionnement des institutions ses thèmes centraux.

La victoire électorale ne désigne pas encore clairement le prochain chef du gouvernement. Le mouvement a volontairement évité de se structurer autour d'un leader unique pendant les manifestations. Une fois le Parlement réuni et les résultats définitifs annoncés, la Constitution laisse jusqu'à 90 jours pour former un gouvernement, indique Reuters. Ce délai est désormais l'enjeu concret : transformer une coalition de protestation en équipe exécutive et en majorité parlementaire stable.

Le résultat met donc fin à une séquence politique sans régler immédiatement la suivante. La concession de Vučić réduit le risque d'une contestation immédiate du vainqueur, mais le nom du Premier ministre, la répartition des portefeuilles et l'orientation européenne ou russe de Belgrade restent ouverts. Ces questions relèvent des négociations à venir, pas du dépouillement lui-même.